Une équipe internationale de chercheurs a découvert comment une molécule normalement utilisée par le système immunitaire pour combattre les infections est détournée au profit de la croissance des cellules cancéreuses dans le lymphome cutané à cellules T (CTCL), et identifié un moyen de bloquer ce mécanisme. Ces travaux sont publiés le [date] dans la revue Cancer & Metabolism.
Le CTCL est un cancer rare et souvent difficile à traiter. Il apparaît lorsqu’un type de globule blanc, le lymphocyte T, devient cancéreux et s’accumule dans la peau. À mesure que la maladie progresse, les cellules tumorales peuvent gagner la circulation sanguine et mettre en jeu le pronostic vital. Les médecins savent depuis longtemps que les patients atteints de CTCL présentent souvent des taux anormalement élevés d’une molécule de signalisation appelée interleukine-17A, ou IL-17A, mais son rôle exact dans le développement de la tumeur restait jusqu’ici mal compris.
L’IL-17A est surtout connue comme un signal d’alerte qui contribue à mobiliser le système immunitaire contre les bactéries et les champignons. La nouvelle étude, dirigée par les co-auteurs correspondants Priyanka Sharma (IPBS) et Rahul Purwar (IIT Bombay), montre que, dans le CTCL, les lymphocytes T malins présentent à leur surface des quantités anormalement élevées du récepteur qui « capte » le signal de l’IL-17A. Lorsqu’elles reçoivent ce signal, les cellules cancéreuses augmentent l’activité de leurs centrales énergétiques internes : les mitochondries.
Plus précisément, l’équipe a montré que l’IL-17A stimule l’activité du complexe I de la chaîne de transport des électrons (ETC), l’un des mécanismes utilisés par les mitochondries pour produire de l’énergie. Cette activation permet aux cellules cancéreuses de produire davantage d’ATP, principale monnaie énergétique de la cellule, et leur confère ainsi un avantage de survie, favorisant leur prolifération et leur résistance à la mort cellulaire.
Les chercheurs ont confirmé cette cascade d’événements à partir d’échantillons de peau et de sang provenant de patients atteints de CTCL, de plusieurs lignées de lymphocytes T malins cultivées en laboratoire, ainsi que grâce à une combinaison d’approches d’imagerie, de protéomique — une technique permettant de mesurer simultanément des milliers de protéines — et d’analyses biochimiques. Ces différentes approches ont permis d’obtenir des résultats concordants au cours de plusieurs expériences indépendantes.
Après avoir identifié le complexe I de l’ETC comme le lien entre l’IL-17A et la croissance tumorale, l’équipe a cherché à déterminer si son inhibition pouvait supprimer l’avantage acquis par les cellules cancéreuses. À l’aide d’un inhibiteur chimique et d’une approche génétique permettant de réduire l’expression du gène codant un composant du complexe I, les chercheurs ont montré que le blocage de ce moteur mitochondrial diminuait la production d’énergie des cellules cancéreuses et ralentissait leur prolifération, tout en épargnant les lymphocytes T sains aux doses testées.
Le CTCL reste difficile à traiter, et les traitements actuels perdent souvent de leur efficacité au fil du temps à mesure que les tumeurs s’adaptent. En révélant que les lymphocytes T malins dépendent de ce moteur métabolique activé par l’IL-17A pour se développer, cette étude ouvre une nouvelle piste thérapeutique : cibler la production d’énergie des cellules cancéreuses plutôt que leur seule signalisation immunitaire. Les auteurs suggèrent que des approches ciblant le complexe I de l’ETC, combinées aux traitements actuels du CTCL, pourraient constituer une nouvelle stratégie pour contourner la capacité d’adaptation de la tumeur.
Les chercheurs soulignent toutefois qu’il s’agit d’une étude réalisée principalement en laboratoire et que des travaux supplémentaires, notamment sur des cohortes de patients plus larges et plus diverses, seront nécessaires avant qu’une telle stratégie puisse être évaluée en clinique. Ils rappellent également que l’IL-17A joue des rôles complexes dans l’organisme puisqu’elle agit aussi sur des cellules immunitaires saines. Toute future approche thérapeutique devra donc exploiter spécifiquement la vulnérabilité des cellules tumorales sans perturber les défenses immunitaires normales.
Ces travaux sont le fruit d’une collaboration internationale entre l’IPBS (CNRS, Université de Toulouse) en France, le Department of Biosciences and Bioengineering de l’IIT Bombay et le département d’oncologie médicale du Tata Memorial Hospital à Mumbai, en Inde, ainsi que le Robert Bosch Center for Tumor Diseases à Stuttgart, en Allemagne.
Référence : Attrish D, Dhamija B, Mukherjee D, Sawant V, Marathe S, Saul D, Basu M, Banik A, Sharma N, Shet T, Jain H, Kosinsky RL, Sharma P*, Purwar R*. (2026) Interleukin-17A regulates malignant T-cell proliferation via Electron Transport Chain complex I. Cancer Metab. doi.org/10.1186/s40170-026-00453-2
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Chercheuse | Priyanka Sharma | priyanka.sharma@ipbs.fr
