L’immunoprotéasome découpe les protéines cellulaires pour produire notamment des peptides présentés aux cellules du système immunitaire. Dans une étude publiée dans Nature Communications, des scientifiques montrent que la protéine PA200 modifie à la fois sa structure et son activité enzymatique. Ces résultats révèlent un nouveau niveau de régulation de cette machinerie essentielle à l’immunité cellulaire.
L’immunoprotéasome, une machinerie au cœur de la surveillance immunitaire
Le protéasome est un complexe moléculaire chargé d’éliminer les protéines devenues inutiles, endommagées ou mal repliées. Ce système de recyclage joue ainsi un rôle essentiel dans le maintien de l’équilibre cellulaire.
Dans les cellules immunitaires ou en situation inflammatoire, certaines sous-unités du protéasome sont remplacées pour former une version spécialisée : l’immunoprotéasome. Celui-ci contribue notamment à produire les peptides qui seront présentés à la surface des cellules par les molécules du complexe majeur d’histocompatibilité de classe I (CMH-I). Les lymphocytes T CD8 peuvent ainsi reconnaître des cellules infectées ou tumorales et participer à leur élimination.
L’activité de l’immunoprotéasome est elle-même contrôlée par différentes protéines régulatrices. Parmi elles, PA200 reste encore mal comprise, bien qu’elle ait été impliquée dans de nombreux processus, notamment le cancer, le vieillissement, la réparation de l’ADN ou encore la réponse au stress cellulaire.
PA200 déforme la structure de l’immunoprotéasome
En combinant cryo-microscopie électronique à haute résolution, protéomique, photométrie de masse et analyses cellulaires, des scientifiques ont mis en évidence un mécanisme de régulation jusqu’alors inconnu.
La détermination de la structure de complexes associant PA200 et l’immunoprotéasome révèle que la fixation d’une première molécule de PA200 provoque une courbure de l’ensemble de l’immunoprotéasome. Cette déformation se propage sur toute la longueur du complexe par un mécanisme dit allostérique : la fixation de PA200 à une extrémité entraîne ainsi des modifications structurales à distance, jusqu’à l’extrémité opposée.
Ces changements élargissent l’anneau situé à cette seconde extrémité et facilitent la fixation d’une autre molécule de PA200. Ils favorisent donc la formation de complexes portant PA200 à leurs deux extrémités. Ce phénomène n’est pas observé avec le protéasome standard, montrant que PA200 agit différemment selon le type de protéasome auquel il s’associe.
Un remodelage profond de l’activité enzymatique
Cette réorganisation structurale s’accompagne d’une modification importante du fonctionnement de l’immunoprotéasome. PA200 augmente fortement l’activité de ses trois sites catalytiques, chargés de découper les protéines. Mais son action va au-delà d’une simple augmentation de leur activité.
Les analyses protéomiques montrent en effet que l’association avec PA200 modifie la manière dont l’immunoprotéasome découpe les protéines. Elle conduit à la production d’un plus grand nombre de peptides et favorise notamment certaines coupures correspondant à une activité dite « caspase-like ».
PA200 peut donc modifier à la fois la quantité et la nature des peptides produits par l’immunoprotéasome. Il s’agit d’un résultat important, puisque certains de ces peptides sont destinés à être présentés aux lymphocytes T : modifier leur production pourrait ainsi influencer le répertoire des antigènes reconnus par le système immunitaire.
Un nouvel acteur dans la régulation de l’immunité
L’étude montre également que PA200 pourrait intervenir dans la composition même de l’immunoprotéasome. En son absence, l’expression de β1i/PSMB9, l’une des sous-unités catalytiques caractéristiques de l’immunoprotéasome, diminue. PA200 pourrait donc agir non seulement sur l’activité de cette machinerie, mais également sur sa formation.
Par ailleurs, l’analyse de différents tissus et modèles cellulaires révèle que l’expression de PA200 et celle des composants de l’immunoprotéasome ne varient pas toujours de concert. Elles répondent à des mécanismes distincts selon les tissus et les situations physiologiques ou inflammatoires. L’interaction entre PA200 et l’immunoprotéasome apparaît ainsi comme un niveau de régulation plus fin de la production des peptides antigéniques qu’on ne le pensait jusqu’à présent.
Ces résultats apportent de nouvelles clés pour comprendre comment les cellules contrôlent les peptides susceptibles d’être présentés au système immunitaire. L’immunoprotéasome jouant un rôle important dans les réponses contre les cellules infectées ou tumorales, mieux comprendre l’action de PA200 pourrait également aider à explorer, à plus long terme, de nouvelles stratégies pour moduler la réponse immunitaire, notamment dans le contexte du cancer ou des maladies inflammatoires.
Référence: Živković D, Bosc-Rosati A, Dafun AS, Mourtada F, Grygier P, Yazgili AS, Jansma M, Rawski M, Czarna A, Bohn S, Zak KM, Santos Dias Mourão A, Reiling N, Zemke L, Guo K, Behr J, Burlet-Schiltz O, Popowicz GM, Marcoux J, Meiners S, Bousquet MP. PA200 modulates immunoproteasome structure and activity. Nat Commun. 2026 Aug 11;17(1):8175. doi: 10.1038/s41467-026-75325-w
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